Comment sélectionner ses sources d’informations sur le web ?

Tout comme vous, je manque souvent de temps libre et même si vous avez énormément de temps libre il est impossible de consulter toute l’information produite. J’ai donc eu besoin de mettre en place une méthode pour optimiser la qualité de l’information que je consulte. Bien entendu je privilégie des sujets liés à mes centres d’intérêt, mais comment savoir si je vais lire des contenus de qualité ?

Évaluer la qualité d’une information n’est pas toujours facile. Souvent des méthodes permettent d’évaluer la qualité d’un article et de trouver correctement la réponse à une question posée, mais ne permettent pas d’estimer la qualité des publications futures, oublie des particularités du web et sont trop lourdes à mettre en place dans le cadre d’une veille informationnelle où vous avez une liste de sources.
L’objectif de cet article est d’offrir une méthode pour sélectionner des sources fiables à consulter périodiquement et d’avoir une résilience (une tolérance à l’erreur) dans les renseignements obtenus.
Il ne s’agit pas ici de présenter une solution technique pour le faire. Cependant, ce travail de sélection n’est pas automatisable donc toutes solutions algorithmiques le faisant à votre place sont inapplicables (mur Facebook, suggestions Youtube, etc.). Je suppose également que vous savez trouvez une grande quantité de sources sur les sujets qui vous intéressent.

Les médias sur internet

Internet permet à tout le monde de s’exprimer publiquement et potentiellement anonymement.
Ni l’anonymat ni l’expression publique massive est néfaste pour la qualité de l’information. Si vous savez comment sélectionner correctement vos sources dans ce nouveau paradigme de l’information alors vous êtes mieux informé dans un monde avec internet que sans.

Je vais distinguer trois types d’informations (l’opinion, l’actualité, la science/technique). Quand on lit un article on a souvent à faire à un mélange des trois et une opinion sous-jacente est quasiment toujours présente. Chacune a des spécificités qu’il faut comprendre pour être correctement informé.

La communauté

Sur internet l’un des éléments les plus importants quand on cherche à s’informer est la capacité du média à accepter la critique et à se corriger.

Prenons un blog. Pour voir si ce dernier accepte la critique on devrait pouvoir observer la possibilité de poster des commentaires critiques sous les articles polémiques. S’il n’y a pas de commentaire critique cela peut être dû à une faible visibilité du blog. Vous pouvez tenter d’en poster un et voir s’il passe la modération 😉

Même si un blog accepte la critique cela ne signifie pas que celui-ci ait la capacité (nombre d’erreurs signalés) ou l’envie de se corriger. Ceci peut se vérifier également en cherchant si parmi les articles proposés certaines des données factuelles ont été modifiées suite à un commentaire pointant l’erreur.
Un blog qui a peu de visiteurs et qui ne fait pas partie d’une communauté comme “le café des sciences” aura forcement une capacité à se corriger faible. S’il y a peu ou pas de rectifications il faut absolument avoir d’autres sources abordant les mêmes thèmes.

Les sources

Les sources et leur qualité est souvent le premier critère auquel on pense. Souvent considéré comme le critère le plus important je le vois comme un critère difficile à évaluer, à double tranchant et dont la nécessité varie en fonction du sujet. Le plus important est de pouvoir vérifier les faits énoncés.

Lorsqu’un article est à propos d’une nouvelle découverte scientifique ou d’une actualité il nécessite absolument une source. Il faut pouvoir retrouver facilement l’original (pour éviter l’effet du téléphone arabe), le lire, évaluer sa qualité, etc.

Lorsqu’il s’agit de transmettre des connaissances établies ou de faits utilisés pour promouvoir une opinion alors le gros de la vérification est aisé. Le plus souvent on devrait pouvoir les retrouver dans Wikipédia, l’actualité, le consensus scientifique, etc.
Si les faits ne se retrouvent pas facilement alors les sources données sont une aide nécessaire mais non suffisante. Il est possible que l’auteur ait eu un biais de confirmation et que les sources citées soient issues d’un cherry picking inconscient. Ces sources d’apparence valides pourraient vous induire en erreur. Il faut toujours pouvoir faire une vérification indépendante avec des sites fiables.

La reproductibilité

Avant d’inclure un site web parmi vos sources d’informations il faut que vous soyez sûr que celui-ci est, le plus souvent, fiable. C’est un gros travail, il s’agit de vérifier la fiabilité d’articles dont les sujets sont reproductibles par nature.

Pour les sujets techniques il s’agit principalement de pouvoir reproduire soit même l’objet de l’article. S’il s’agit de code source informatique c’est simple, il suffit de tester. Pour des sujets plus complexes ou longs il faut pouvoir trouver des retours de personnes l’ayant essayé pour pouvoir évaluer sa qualité.

Les médias aiment bien les résultats sexy et auront tendance à servir de relais à des études uniques ou contredisant les connaissances établies indépendamment de la qualité de l’étude. Cependant, la science doit bien sûr fournir des résultats reproductibles. Lorsque l’on a en face de soit un article traitant de science il faut se demander de quel niveau de preuve (très utilisé en médecine) il s’agit. Avons-nous à faire à une étude isolée, un corpus de publication, une méta-analyse, un consensus scientifique, une théorie scientifique ? L’article de vulgarisation présente-t-il le sujet honnêtement ?

Les articles techniques et scientifiques ne sont évidemment pas de la même nature que le reste de l’actualité ou que les opinions. Les difficultés à surmonter ne sont pas les mêmes, mais j’ai tendance à penser que la technique et la science sont “faciles” à vérifier. Si un journal fait constamment des erreurs sur ces sujets, comment peut-on leur faire confiance pour le reste de l’actualité ? Pire, si leur opinion est basée sur des prémisses erronées alors au moins une partie du cheminement pour tirer les conclusions n’est pas pertinent.

La redondance de l’information

Personne n’est à l’abri d’une erreur. Les sites web auxquels vous faites confiance peuvent également se tromper ou vous pouvez mal comprendre un concept qu’ils cherchent à faire passer. Pour augmenter la chance d’avoir une information valide et diminuer le risque de rester dans l’erreur il faut avoir des sources multiples par thème.

Quand l’information est fraîche il est très facile de se piéger soit même et d’avoir des sources qui se citent entre elles ou se base sur la même source primaire (tout organisme de la presse classique française se base principalement sur l’AFP) et ainsi d’avoir l’illusion d’obtenir une information vérifiée par plusieurs organismes (ce qui devrait être le cas) alors qu’elle est répétée en cœur. Rajouter des médias étrangers est une solution partielle.

Pour les actualités classiques le plus important est de ne pas sauter sur la nouveauté. L’actualité est souvent présentée sous un angle particulier alors même que les faits sont trop flous pour pouvoir être analysés correctement. Pour pouvoir traiter l’actualité correctement il faut soit être branché dessus 24/24 soit la laisser décanter.
Si vous choisissez la seconde option, une fois la folie médiatique retombée vous pouvez aller chercher et lire un article synthétisant les faits (sur Wikipédia par exemple). Puis aller lire les articles de vos sources d’information ainsi vous serez en mesure d’être plus critique.

Lorsqu’une découverte scientifique est faite tous les articles dérivent d’une seule publication originale ayant passée la revue par les pairs. C’est un cas particulier, en principe la vérification a déjà été faite, mais son degré de certitude est souvent faible (lié au niveau de la preuve) pour l’augmenter il faut lire des personnes capables de comprendre le domaine et de chercher la petite bête. Si vous êtes suffisamment à l’aise avec la méthode scientifique vous pouvez également aller lire la publication originale (gratuit et légal si elle est en libre accès. Pour tout le reste il y a Sci-Hub).

La recherche de la contradiction

Malgré le paradoxe apparent de rechercher la contradiction alors que l’on cherche également de la redondance il est important de mettre en doute nos connaissances, nos opinions et nos pratiques.

“Le premier principe est que vous ne devez pas vous duper — et vous êtes la personne la plus facile à duper.”
― Richard Feynman
On tend naturellement à aller chercher l’information qui conforte notre opinion. Or pour se tromper le moins possible la meilleure solution est de mettre en doute son avis en se confrontant à d’autres idées.

Lire, écouter ou visionner des opinions qui ne sont pas les nôtres est difficile. Par exemple, lorsque je consulte un avis qui n’est pas le mien je vois très rapidement lorsqu’il y a une erreur logique ou une erreur factuelle. Je cherche donc un autre messager, mais je suis moins patient que si je partage une vision proche.
Si vous rencontrez le même problème vous pouvez tenter d’appliquer une solution partielle (car vous continuerez d’entendre plus votre avis que celui opposé): écouter des débats. Au pire vous rigolerez bien. Au mieux ça vous permettra de commencer une réflexion ou de trouver quelqu’un d’intéressant avec une opinion différente construite sur des bases solides.

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